Faire sa robe XVIIIème comme une pro

Après le photoshoot de la semaine dernière, je vous emmène dans les coulisses pour vous expliquer comment j’ai créé ma robe : est-elle historique ? Qui suis-je sensée être ? Si vous lisez jusqu’au bout vous pourrez impressionner la galerie grâce à vos connaissances de la mode made in XVIIIème. Promis. On y va ? 

Je pourrais vous faire 15 posts rien que sur la construction de cette robe. Mais je vais être raisonnable. Cette semaine, on va parler de la robe et de sa construction. On verra aussi dans quelle époque elle s’inscrit. La semaine prochaine, on se plonge dans les accessoires, la coiffure et le maquillage. Et oui, c’est du boulot d’être une vrai marquise !

La genèse du projet

Mais d’abord, petit retour en arrière, j’avais commencé une robe XVIIIème avec ce patron :

Le patron Simplicity 3637… Oui le tissu est affreux et je ne reviens même pas sur la perruque !

Elle était à l’origine en vieux draps. Oui car il s’agissait de ma première réalisation en couture il y a 4 ans #lesDebutantsNontPeurdeRien.

Grâce à une bonne fée (comprendre : ma belle mère), je récupère plusieurs mètres (genre 4 ou 5) de tissus de rideaux parfaits pour donner un esprit XVIIIème à mon futur vêtement.

Et ça avait donné ça :

La 1ère version de la robe

C’est beau hein ? Nan, c’est affreux, je sais. Et ça crie « je suis un déguisement de débutaaaaante« . Je vous en avais d’ailleurs déjà parlé dans mon article sur le fail couture, c’est pour dire… (vous pouvez le relire ici)

La robe à moitiée finie est restée bien 2 ans dans un sac en attendant de connaître une nouvelle jeunesse. Entre temps, j’ai musclé ma connaissance sur les différents styles de robe de l’époque…

Choisir son style

Là encore, je pourrais vous pondre une dissertation sur les robes XVIIIème. En creusant un peu le sujet, on trouve une foule d’information passionnante (pour moi hin) sur le sujet, principalement sur les blogs American Duchess, Temps d’élégance et le Temple des Modes. Mais je doute que vous partagiez tous mon obsession donc on va faire plus court. Pour vous aider à faire le tris, je vais vous dire ce qui m’a aidé moi à vous d’aller sur le site de ces dames si vous voulez poursuivre.

Le plus difficile pour moi était de choisir LE style de la robe. Quitte à se donner du mal, autant que le résultat soit plaisant et vaguement historique ! On dit couramment « une robe XVIIIème » mais c’est un peu comme si on disait « une robe XXIème siècle » : c’est un peu réducteur. Ça ne changeait pas aussi vite que notre époque de « fast fashion » mais d’une décennie à l’autre, ce n’est vraiment plus le même délire.  Jetez un oeil à cette chronologie pour vous rendre compte :

fin du règne de Louis XIV (il meurt en 1715) puis période de la Régence jusqu’en 1723 (Louis XV est encore trop jeune pour régner) puis règne de Louis XV
Louis XV (1715-1774) puis Louis XVI (1774-1793)
Marie Antoinette et la Révolution Française (1789 à 1799 avec le coup d’état de Napoléon Bonaparte)

Source: un blog en russe Bloshka, il y a plein d’autres thèmes dans ce genre (coiffures…) de toutes les époques et ça à l’air plutôt correcte et historique. Ils ont aussi une page Facebook

Outre la décennie, les robes sont très différentes selon votre occupation (intérieur, extérieur, chasse, bal) l’heure de la journée et votre statut social.

Au final, c’est mon tissu qui m’a aidé, très pré Révolution. Pour faire court, avec Marie Antoinette comme trend setteuse, elle impose son nouveau style petit à petit à partir de la mort de Louis XV en 1775. On revient à la simplicité (quoi que) et surtout on opte pour des vêtements plus pratiques, même quand on est reine de France. Plus on se rapprochera de la Révolution et moins il sera de bon ton de faire référence aux attributs de la noblesse (tissus brochés, multiples épaisseurs des robes, ampleur des jupes…).

l’inspiration : une des robes du film Marie Antoinette de Sofia Coppola. Perso, je n’ai pas adoré, un peu trop modern meets ancien à mon goût. Mais les costumes sont de vrais bonbons pour les yeux, on ne sait lequel choisir !

Et moi dans tout ça? Et bien je suis plutôt une riche bourgeoise qui veut faire comme si. Ma robe n’est pas assez somptueuse pour aller parader à Versailles mais pour une promenade au parc surement !

Montage du bazar

Bon mais concrètement le montage ça donne quoi ? Beaucoup plus simple que le patron Simplicity pour le coup !

Patron JP Ryan, « robe à l’anglaise »

Sur la construction à proprement parlé, j’ai complètement ignoré le roman fleuve écrit en caractères 8 par JP Ryan . Je suis directement passée par les supers vidéos du blog Dentelle et Satin que vous trouverez ici. Pas passionnantes pour le lecteur lambda mais très très très très pratiques pour la couturière en herbe.

 

Je me suis servie de la doublure du corsage comme d’une toile. Et j’ai bien fait : la taille 16 que j’avais commandé était bien trop généreuse pour un vêtement qui doit être ultra « skintight ». On voit sur les photos comment j’ai repris toutes les coutures pour l’ajustement

Les finitions du corset ont été faites à la main pour être totalement invisibles de l’extérieur.

On prend son mal en patience et on coud !
J’ai rencontré 2 difficultés : les manches qui étaient faussent sur le patron (à gauche la manche initiale, beaucoup trop lâche, au milieu après modif avec un gros plis) et la fermeture devant (à droite) où il a fallu tendre pas mal pour avoir la bonne forme

Je recommande de tester AVEC votre corset (ce que je n’ai pas pris en photo mais c’est l’idée), car vous n’aurez pas la même forme de buste une fois le bazarre enfilé (c’est le but d’ailleurs).

Petit focus « Je monte mes manches à la main » ce n’est pas intuitif mais ça va VRAIMENT plus vite qu’à la machine…
Différents tests de décoration, mais comme je ne voulais pas ressembler à un manga japonais, j’ai fait simple…
Le noeud noeud final
On ajoute la dentelle teinte au thé pour qu’elle ne soit pas trop blanche
Et voilà, c’est prêt à être porté !

version de dos

Historique ou pas ?

Oui, et non.

Team OUI :

  • La forme est globalement correcte, je porte un bon nombre de couches ce qui est approprié.
  • Le motif du tissu est décent : les cotonnades sont à la mode (à l’époque c’est même plutôt un luxe !). C’est le temps de la folie des rayures et Marie Antoinette a su remettre à la mode les motifs à petites fleu-fleurs comme personne. Les couleurs pas trop vives collent bien aussi. Ce ne sera qu’avec le développement de la chimie qu’on aura des tissus de couleurs improbables à partir du XIXème siècle. Vous trouverez ici l’histoire des premières teintures vertes chimiques, hé ben c’était pas joli, joli tout ça !
  • Les bijoux sont correctes mêmes si les perles portées comme ça sont plutôt milieu que fin de siècle. Contrairement à ce que je croyais avant, à l’époque on porte peu de bijoux ultra clinquant genre l‘affaire du collier de la Reine (à voir ici). En vérité la robe EST le bijoux. Et on en accrochera plus volontier sur cette dernière qu’à son cou.
Portrait de Catherine II (1729-1796) de Russie before 1762. Photo de Heritage Images

Team NON :

  • Je suis dehors SANS CHAPEAU ! Cela ne se faisait tout simplement pas pour une femme de ma condition (bourgeoise ou petite noblesse on a dit). Le chapeau, même minimaliste, c’est la vie ! Mais j’ai eu la complète flemme d’en faire un. j’ai remplacé par une petite déco en dentelle mais je ne prétends pas que ça compte vraiment…
  • Je ne porte pas de chemise de corps. Là aussi j’ai eu un peu la flemme. Mais en vrai vue que le lavage n’est pas vraiment quotidien à l’époque et que les robes doivent survivre longtemps (elles seront modifiées au fils des modes, parfois sur plusieurs générations, raison pour laquelle il est difficile de les trouver intactes aujourd’hui) on porte une chemise qu’on change tous les jours si on le peut. Pour être exacte, la dentelle de mon corsage devrait être le bord de la dite chemise, qu’on laisse apparaître pour dire « hey regarde, même ce qui est en dessous montre que je suis pétée de tunes donc respecte moi« 
  • Il me manque une ou deux épaisseurs de jupe pour être vraiment parfaite et ma jupe n’était pas vraiment assez retroussée pour être totalement correcte :
ma robe version « retroussée »
ca à quoi cela aurait dû ressembler
  • Les manches un peu bouffantes aussi sont incorrectes, mais j’ai eu la flemme de les démonter-remonter j’aimais bien le style…

Si vous voulez jouer le jeu à fond, les erreurs à ne pas commettre sont indiquées ici. Bon après on est là pour s’amuser hein, ce n’est pas un drame non plus…

Détails techniques

Prix de la création : dur à dire vue que le tissu était offert. 250$/300$ probablement

  • 5m de tissus à 20/30$ le yard : 100/150$
  • 1m de tissu en coton blanc (doublure corset) : 4$
  • 4m de tissus en coton à 8$ le yard : 32$
  • mercerie générale (fil, baleine en plastique, rubans, dentelle) : 20$
  • 1 patron : 21$

Temps de création : au moins 2 saisons de Outlander plus 2/3 saison de True Blood + Game of Thrones

S’il y a des puristes, que pensez-vous de mon analyse historique ou pas ?

Et pour les autres, ça vous donne envie de vous lancer dans l’aventure ?

Vous me direz ça dans les commentaires 😉

A la semaine prochaine !

La bise

Alicia

Vous voulez revoir le photoshoot ? Il est ici. Plus d’inspirations ? Mon tableau Pinterest est là pour ça !

14 commentaires Ajoutez les votres
    1. ah ah oui je comprends le dilemme. Surtout que ce n’est pas donne comme passe temps la couture. Moi je suis un peu dingue je me suis dis : ba tant pis, j’en ai trop envie, je la fait et puis j’organiserai/je trouverai l’evenement qui va avec 😉

  1. Suberbe! Je vis moi même dans la région de SF ca me ferrait super plaisir d’échanger mon expérience artistique et technique sur cet période et pourquoi pas faire un photo shoot ensemble
    J’ai travaillé sur 3 projets déjà , et j’attaque bientôt le simplicity de la robe à la française!!
    J ‘ai quelques photos sur mon Instagram @instacarolynf
    En tout cas bravo encore !

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